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Clap de fin pour l'opus 2

À leur arrivée au camp du Galard, les soldats de la Compagnie du Valquarion s’attendaient à relever une garnison affaiblie par la guerre. Ils ne trouvèrent qu’un silence lourd, des traces de luttes séchées et quelques mourants qu’une maladie inconnue rongeait déjà jusqu’à la mort. La Lance Brisée, qu’ils venaient remplacer, avait disparu presque entièrement, et les rares survivants succombaient sous leurs yeux, terrassés par un mal dont on ignorait tout. Confrontée à ce vide inquiétant, la compagnie dut rapidement abandonner l’idée d’une mission de routine : il s’agissait désormais de comprendre ce qui s’était abattu sur la garnison précédente et d’empêcher que cela ne se propage. Tandis que la Générale Kaelen prenait en main l’organisation d’un camp en ruine, les premiers éclaireurs partirent reconnaître les environs. Ils revinrent avec des nouvelles plus troublantes encore : la forêt de Clairvent, d’ordinaire familière aux Emreniens, semblait habitée par des silhouettes hostiles, des “sauvageons” nus et imprévisibles qui observaient, suivaient, reculaient selon une logique incompréhensible. Les médecins, débordés, tentaient de contenir une maladie qui n’obéissait à aucune règle habituelle. Les artisans fouillaient les restes des installations abandonnées pour retrouver outils, vivres, matériel médical et même les clés des coffres que la Lance Brisée n’avait pas eu le temps d’ouvrir.

À mesure que les jours avançaient, l’incompréhension fit place à une inquiétude sourde. Les manifestations étranges se multipliaient : cris dans la nuit rappelant des chants d’animaux qui n’existaient pas, traces d’anciens cultes, disparitions soudaines, objets rituels abandonnés. Les druides locaux, eux aussi affectés par la corruption qui gagnait la forêt, demandèrent l’aide de la Compagnie. La Générale Kaelen accepta une cérémonie de communion destinée à révéler la nature du mal. Le rituel plongea tous les participants dans une succession de visions d’abord paisibles, puis de plus en plus violentes : silhouettes éventrées, clairières baignées de sang, prémices d’un cataclysme qui menaçait d’engloutir toute la région. L’ancien druide s’effondra, rongé par la même corruption que les malades du camp. Pour lui porter secours, une expédition nocturne fut montée afin de récupérer un cœur rituel, gardé par une abomination tapie au plus profond de la forêt. La créature, gigantesque, ressemblait à une bête composite aux orbites rougeoyantes, dont la présence seule aurait pu pousser des hommes aguerris à fuir. Pourtant, elle ne se montra pas immédiatement hostile, comme si elle obéissait à une logique plus ancienne encore que la violence. L’objet fut obtenu et ramené aux druides, mais cette rencontre marqua profondément les soldats : la menace qu’ils affrontaient n’était ni humaine ni naturelle.

Le lendemain au lever du jour, alors que le camp pansait encore ses blessures et ses peurs, les sauvageons lancèrent une attaque surprise. Profitant d’une faille dans la surveillance, ils infiltrèrent le camp et semèrent la panique. Des artisans furent massacrés avant même d’avoir pu se défendre. La Générale Kaelen elle-même fut blessée dans les premières minutes de l’assaut. Les soldats réussirent finalement à repousser l’ennemi, mais ils venaient de comprendre que la forêt n’attendait qu’une occasion pour déferler sur eux. C’est alors que l’origine véritable de la catastrophe apparut au grand jour. Le roi déchu de Brym, Shrik Vos Gritfir, autrefois adversaire d’Emren, se révéla lié par sorcellerie à une entité très ancienne : Bash’Kenos, une force capable de corrompre la matière, les êtres vivants et jusqu’à la terre elle-même. C’était cette influence qui avait ravagé le camp précédent, transformé des peuples entiers en créatures hostiles, et déchaîné la maladie du sang. Comprenant qu’il avait lui-même ouvert la porte à cette catastrophe, Vos Gritfir pactisa avec la Générale Kaelen pour tenter de réparer ses fautes. Il lui offrit son aide pour affronter Bash’Kenos et briser le lien qui les unissait.

Le dernier jour fut consacré à cette confrontation finale. La Compagnie du Valquarion, épaulée par leurs alliés, se rassembla pour livrer bataille à la créature. Le combat fut d’une violence rare : l’abomination, manifestation incarnée de la corruption, semblait absorber tout ce qui la frappait. Pourtant, poussés par la détermination de Kaelen et le sacrifice de Vos Gritfir, les soldats réussirent à affaiblir la créature jusqu’à ce que le lien magique puisse être rompu. Dans un ultime effort, Vos Gritfir se livra à la mort pour sceller définitivement la défaite de Bash’Kenos. Lorsque la créature s’effondra, la forêt se figea. Les cris s’éteignirent. La maladie reflua. La menace qui avait déjà anéanti une garnison et menacé d’étendre sa corruption jusqu’au cœur de Septas venait d’être stoppée.

Ainsi s’achevèrent les trois jours de mission : une compagnie qui espérait relever un camp délabré se retrouva à empêcher la destruction d’une région entière. La survie d’Emren, de Brym et peut-être de tout Septas s’était jouée dans cette clairière aux portes de la forêt de Clairvent, face à une entité oubliée des légendes. L’ombre de Bash’Kenos était tombée, mais les soldats savaient déjà que les traces de cette bataille, visibles ou non, resteraient longtemps gravées en eux.